Du bois mort : rien de plus vivant!

Souvent perçu comme indice de négligence ou de mauvaise gestion dans les forêts aménagées, le bois mort est, au contraire, un bon indicateur d’une forêt naturelle et en bonne santé!

Au Québec, on compte plus de 60 espèces de vertébrés qui utilisent le
bois mort1. Ainsi, des mammifères, des amphibiens, des reptiles, des poissons
et des oiseaux y trouvent un site de ponte, de la nourriture, un abri ou un refuge! 
Dans des forêts semblables aux nôtres, environ 25 % des vertébrés sont associés, à un moment ou à un autre de leur cycle de vie, au bois mort.
 
Près de 85% des champignons forestiers dépendent du bois mort pour leur survie. Que dire des nombreuses espèces de plantes (herbacées, bryophytes, algues, lichens) qu’y trouvent un substrat nutritif pour se fixer et croître. A-t-on seulement déjà parlé des insectes et des bactéries qu’y vivent et s’en nourrissent?... leur  ombre est encore indéterminé!
 
Le bois mort travaille pour nous.... et c’est gratuit!
Le bois mort rend de nombreux services environnementaux, tels la fixation de l’azote et du CO2. Il empêche également l’érosion. Lorsque le bois mort est au sol, il estompe le ruissellement de surface et le lessivage. Il contribue ainsi à une meilleure rétention des nutriments du sol et le rend plus fertile. Dans l’eau, il aide à ralentir et dévier les courants, il dissipe l’énergie des eaux en créant des zones calmes, attrayantes pour la flore et la faune aquatiques, où des habitats peuvent se développer.
 
Songez seulement un instant au prix qu’une entreprise privée chargerait pour assurer tous ces services!
Les attributs propres aux forêts matures (structure, bois mort, etc.) favorisent des espèces rares et spécialisées qui dépendent en partie ou en totalité de ces habitats. Conserver le bois mort maximise donc nos chances d’abriter des espèces rares et d’enrichir notre écosystème!
 

Bois mort et aménagement : Nos amis les européens en ont appris long!
Êtes-vous un(e) amoureux (se) des «belles et propres» forêts européennes? Bien qu’esthétiquement agréables, sachez que l’aménagement intensif pratiqué depuis des décennies dans les forêts scandinaves et autres forêts européennes a conduit à la perte d’un cinquième de leur biodiversité. Aujourd’hui encore, on estime que la moitié des espèces forestières menacées dans les pays concernés sont associées directement au bois mort(3). Cela fait du bois mort un enjeu majeur de biodiversité en Europe.

Pourquoi nous débarrasser d’un tel potentiel de biodiversité, alors qu’ailleurs les efforts se multiplient pour essayer de recruter du bois mort et ainsi rétablir l’équilibre des écosystèmes forestiers?
 
Lors de vos prochaines sorties en forêt, évitez de ramasser le bois mort proche des sentiers. Prenez plutôt le temps d’apprécier cette ressource forestière qui regorge de vie et faites part de son importance aux gens autour de vous!
 

Chronique extraite de la série Un boisé à découvrir pour le préserver réalisée dans le cadre du projet d'intendance des milieux naturels de l'Ile-des-Soeurs